26.5.07

Gruff Rhys - Candylion



L'autre jour, le patron m'a pris par l'épaule.
Prendre des gars par l'épaule c'est son hobbie au patron. Ca et pincer des joues. Parfois ça en devient pénible, on l'entend pigner à la caisse, taper du pied en reniflant, c'est qu'il lui faut son épaule (ou sa joue).
Ce jour là, il avait une question à me poser. "J'ai un truc à te demander" il m'a dit (mais ouais, arrête ton char gros nain, tu cherches juste un prétexte pour me tripoter l'épaule). "Entre". Puis il a refermé la porte, fait quelques mètres, ralenti le pas. Je l'ai imité. Une intimité folle enveloppait cette pièce et nos mouvements au ralenti. Un dernier pied en suspens, à terre. Silence.
"Quand t'étais môme, tu utilisais un couteau ou une paire de ciseaux pour éplucher les haricots?"


Je l'ai regardé, je l'ai bien regardé. Nous étions immobiles l'un et l'autre, face à face, un peu à l'étroit dans la salle de pause entre la grande table en formica et les carreaux de faïence gris-blanc aposés sur le mur à ma gauche, là, tout près, où je m'appuyai maintenant le temps de reprendre mes esprits: pendant 5 secondes j'ai cru que le patron allait me rouler une grosse pelle.
"Je ne sais pas, je ne sais plus... Vous êtes fou".
J'ai pas osé lui dire que je faisais ça avec les ongles. J'avais peur qu'il me prenne pour un sauvage, un espèce d'enfant des favelas, peur qu'il m'imagine gamin, les cheveux hirsutes et le t-shirt taché de confiture, jouant au foot avec un sac en plastique.
Il a hoché la tête doucement, de haut en bas, les yeux vers le sol. J'ai bien senti que je l'avais déçu, alors, j'ai serré mes petits poings très fort et j'ai tenté de reprendre la parole.
"Ne dis rien". Son index s'était posé sur ma bouche. "Prends ton temps".
Et moi, moi qui retenais mes larmes, moi qui voulais tellement lui raconter quand maman me réveillait tôt les matinées de juillet, prétextant qu'on allait faire les courses à Continent, moi qui marchait toujours, qui descendait le long escalier le coeur en fête, jusqu'à ce que je découvre le panier rempli de haricots sur la table de la cuisine, rhô non maman pas encore, et elle pliée en deux, Doug a la télé, les mouches mortes sur le rebord des fenêtres. L'été quoi.
Mais je ne pouvais rien dire.
"Si ça ne te dérange pas j'aimerais être un peu seul maintenant". Il avait fini de hocher la tête et il était passé au regard dans le vide. Ce qu'il était pensif! C'était formidable.
Et beau, aussi.
Je suis sorti.

Plus tard dans la journée je l'ai revu, rayon truelles, sa main sur la joue de Redhotcar qui pleurait comme une fillette. Le patron avait du lui demander comment il tenait sa raquette au ping-pong, ou quel marque de sirop il préférait pour un lait-fraise, ce genre de trucs. C'était vraiment dégueulasse.


Voilà. Tout ça pour vous dire que dans cette vidéo de Gruff Rhys je retrouve beaucoup de la mélancolie de mes matins haricots. Sauf que lui il utilise des ciseaux, on voit bien que les favelas il connaît pas. Et puis à aucun moment il ne s'envoie un bout de papier kraft cru entre deux épluchages, comme ça, parce que les haricots frais c'est drôlement bon.


Avertissement: ce clip est mignon.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Désolé d'être un mec KS mais je t'admire secretement et j'ai même honte d'être ému car pour moi c'était des petits pois

hianta a dit…

moi je suis une fille, mais ca n'y change pas grand chose je crois, c'est universellement beau.

caissier a dit…

essoreuse à salade, mouais nan, carton oui

Nicolas a dit…

gombrowicz plus goosens. cuculisé en gros plan avec les larmes qui roulent. non rien, c'est cool.

Pat a dit…

Moi aussi, je veux dire c'est pareil, mon patron à moi fait la même chose, sauf qu'il pince pas trop les joues, c'est dommage ça doit être bien.
Mais il pose des questions super profondes comme ça, par exemple hier il est venu dans notre bureau très tôt le matin et il nous a attendu assis par terre, quand on est arrivé mes collegues et moi à 8 heures il nous a dit:" vous avez déjà regardé votre bureau assis par terre ?" nous on l'avait jamais fait on n'a pas eu l'idée alors il nous a demandé de le faire. On s'est tous assis sur la moquette et on a regardé. C'était bizarre, comme quand on est debout mais plus bas, on voyait un peu des choses différentes mais pas trop. J'ai retrouvé mon agrafeuse. Alors le patron a dit "c'est beau" et on a tous trouvé ça beau, en vrai je trouvais pas ça très beau mais je voulais pas le fâcher, d'autant que je suis sûr qu'il a raison et que je suis pas assez sensible, ou cultivée.
Ensuite on s'est tous relevé et il est parti, et nous on a bossé jusqu'a huit heure.
On était tout chose. Pat.

KS a dit…

Eh bien vous voyez les amis, ce n'est pas difficile.

Vincent a dit…

on dirait le courrier des lecteurs de "Psychologies" ce blog.

caissier a dit…

patricia de la compta!